Un jour ou l'autre, tout le monde se dit que ce serait vachement bien que le temps s'arrête. Evidemment, on se fait toujours ce genre de réflexion a posteriori, au moment où quelque chose se met à clocher. Avant ça, on s'en fout, on est persuadé que les trucs sympa sont éternels ; d'ailleurs, on ne se pose même pas la question, puisque l'on SAIT que ça ne changera pas. Puis on comprend, et les plus sages apprennent peu à peu à adopter la seule attitude valable : se dire que les bonnes choses de la vie, de toute façon, ça peut pas durer. Au final, les pessimistes sincères et convaincus, les vrais, les purs, sont les seuls à presque effleurer le bonheur en s'épargnant la cruelle morsure de la désillusion (et Dieu sait qu'elle a de grandes dents).
Tout ça pour dire que quand on est jeune, on est con (et ça, y'a pas que moi qui le dis, les chanteurs engagés aussi) car on se sent connement invincible. Et que font les gens convaincus d'être invincibles ? Ils défient les dieux. Et quand il n'y a plus de Dieux à défier (parce que bon, faire de la voile torse nu, affronter des bêtes merveilleuses, ça va un temps), on lance des défis à la vie. Du style :
- Moi, j'aurai jamais d'acnée (plus précisément un défi à ma grande soeur, ça...et j'ai perdu, et limite je perds encore par moments).
- Un jour, je serai plus grand que toi (que je disais à un désormais vieil ami que ça a bien fait marrer...n'empêche que là, j'ai gagné).
- 'Tain, une heure que je cours et pas une goutte de sueur. Allez, ah ah, on n'a qu'à dire que je transpirerai jamais, je suis pas un gros crade comme les autres, moi (15 ans et deux déménagements plus tard, j'ai découvert qu'on pouvait même transpirer des chevilles...testostérone power ! Quel dommage que je vomisse le vélo).
- Jamais au grand jamais je ne prendrai un gramme. Sec je suis, sec je resterai (et là, on va aller à la ligne, car ces deux paragraphes n'ont été rédigés que pour en venir là).
Fut un temps, j'avais un meilleur ami et ce meilleur ami c'était moi. Ou plutôt, c'était mon corps. Une bien belle machine. Outre le fait que nous étions inséparables (ce qui coule un peu de source, à moins d'avoir du sang indien dans les veines...ce qui, en Lorraine, n'est certes pas courant), nous avions confiance l'un en l'autre, rien ne pouvait nous arriver. Imaginez un ami comme on en voit que dans les dessins animés japonais, avec ces milliards d'étoiles qui constellent ses yeux immenses et scintillent dans ses boucles blondes. Le soleil se couche sur un océan couleur Canard WC, vous vous regardez dans les yeux pendant des heures en souriant, sans rien dire, prêts à vous rouler une gamelle terrible au nom de votre belle amitié (ce que vous vous garderez toutefois de faire...au nom de votre belle amitié). Moi et mon métabolisme, c'était ça. Ca fait mal tellement c'est beau...jusqu'au jour où ça fait mal, mais parce que votre si précieux ami vous a passé à tabac, sans crier gare, un coup de folie, sans doute l'avez-vous contrarié d'une quelconque façon. La trahison...c'était trop beau, ça pouvait pas durer.
Avant, dans ma prime jeunesse et même celle d'après, je pouvais manger ce que je voulais, dans des quantités honteusement astronomiques, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, mon fabuleux organisme encaissait sans broncher et me disait limite merci. J'étais manifestement invulnérable et ne doutais pas de la pérennité de cet état de fait. Erreur grossière et baveuse : depuis quelques années, je m'empâte. Mon si précieux camarade d'antan semble même avoir un plan : hier les poignées d'amour, aujourd'hui le ventre, demain le monde ! Croyez-moi,
Il était une fois la vie, tous ces petits bonshommes travaillant soi-disant sans cesse à votre bien-être, c'est des foutaises.
Le plus douloureux étant de tomber sur ce dessin de
Lewis Trondheim en se disant : "Mais c'est moi, ça !" (d'un autre côté, on se sent de suite moins seul).
Dorénavant, j'essaie d'éviter les phrases du style "Mais arrête tes bêtises, t'es très bien" car je me suis rendu compte que c'était effectivement assez énervant. La question n'est pas de maigrir pour les autres mais bien entendu pour soi.
Régime donc ! Enfin, on va essayer...