Un truc qui circulait sur les blogs BD il n'y a pas si longtemps, c'était la
minute de
violence gratuite (qui n'était en fait jamais si gratuite que ça). Encore une bonne raison d'être frustré de ne pas savoir dessiner. Qu'il doit être bon de pouvoir exprimer graphiquement son désarroi, sa détresse, sa rage. Comme celle qui était mienne hier...grâce une fois encore à nos bons amis de l'administration française, sans doute vomis il y a fort longtemps par la bouche même du diable. Alors évidemment, j'aurais voulu écrire ceci hier, dans le feu de l'action, mais à force de ne pas prendre le temps ou de ne pas pouvoir, j'y viens seulement maintenant, soit 33 heures plus tard. A la furie immédiate se substitue donc la délicieuse aigreur du mec qui entretemps a dormi et mangé et a donc pu relâcher l'implacable étreinte de ses petits doigts crispés autour du cou d'un fonctionnaire imaginaire. Etant donné que j'ai décidé de renoncer au peu de pudeur qu'il me restait et que, mine de rien, ce sera bien plus évocateur pour vous, je vais cesser de donner dans l'abstrait et appeler un chat un chat. Mais il convient tout d'abord de se replacer dans l'état d'esprit qui va bien au moyen de mots clés, pour ne pas dire magiques : administration, fonctionnaires...vas-y, laisse monter ta colère...Assedic !

Replaçons les choses dans leur contexte si vous le voulez bien. J'ai quitté de mon plein gré (mais sur un coup de sang quand même) un boulot à la con et ne pouvait donc espérer la moindre indemnité. Qu'importe, j'enchaîne, j'ai un métier, un beau, un grand, un vrai, ça va aller. Bon, depuis, c'est une galère sans nom mais je garde espoir tout de même. Il faut savoir qu'à la suite d'une démission, au bout de quatre mois, il est possible de toucher le chômage si tant est que l'on apporte la preuve que l'on a vraiment tenté de toutes ses forces, de toute son âme, en priant tous les soirs jusqu'à avoir la bouche sèche, de retrouver du travail. Personnellement, je n'estime pas mériter vraiment que l'on me donne de l'argent pour avoir cherché du boulot alors que j'en avais un et que je l'ai balancé parce que j'en avais marre, mais bon, si on me propose, je dis pas non, ça dépanne. Soit, je fais, je remplis le dossier avec toutefois un manque de sérieux terrifiant (mais c'est pas ma faute, on m'a dit que c'était bon, tout ça), enfin disons que j'aurais dû attendre un peu pour avoir un document bien utile mais que bon, voilà, je ne réalisais pas que l'administration pouvait être aussi tatillone, limite psychorigide au dernier degré profond, j'ai donc agi avec légèreté, mea culpa. Résultat (logique) des courses : je me prend une réponse négative dans les dents parce que je n'aurais pas justifié de suffisamment de démarches.
Sur le coup, je me vexe, je me fâche tout rouge, parce que bon, quand même, on serait pas un peu en train de me traiter de gros branleur kekpart ? Si, hein ? Ok. Lettre de quatre pages, les documents qui manquent, tout le merdier. Zouuuuu, à la poste. On est en mai et s'ensuit tout le pataquès dont j'ai déjà longuement parlé et qui s'était achevé il y a une semaine par le dépôt en main propre d'une copie (assortie d'une petite update quand même) de ce que j'avais posté près de trois mois plus tôt. Et hier, il s'est passé quelque chose, quelque chose qui tient de l'art, de la poésie, tellement c'est miraculeusement poisseux de connerie. Je tiens à préciser que toute la hargne que je manifeste à partir de ce moment précis n'est nullement motivée par l'argent. En effet, a priori, je n'aurai rien, et limite je m'en fous. Depuis ma conversation téléphonique d'hier, je ne dépense plus mon énergie que pour le sport, pour le plaisir simple d'essayer de me convaincre que non, non et non, je ne vivrai pas sous la coupe d'une cohorte de cons finis ou que, du moins, je ne me laisserai pas bouffer par la bêtise ambiante sans combattre.

C'est donc à partir de là que ça devient vraiment beau. Coup de fil d'une dame de l'Assedic. Elle m'appelle suite à mes nombreux coups de fil (réaction au bout de non pas 2, ni 7 jours comme on me l'avait certifié...16 jours ! "C'est vrai qu'on a pas été très réactifs" qu'elle me dit) et devinez ce qu'elle a sous les yeux, ma lettre...mais attention, pas celle que j'ai déposée la semaine dernière, celle de mai, que je croyais perdue ! C'est pas beau, ça ? Alors voilà, elle est embêtée...faut des documents et là, y'en a pas, c'est délicat, ça passera pas. Mais si Madame, y'en a des documents ! Elle me dit que non, dites donc. Y'a pas de justificatifs pour les annonces auxquelles j'ai répondues...ben vous savez, à part les références complètes desdites annonces, je peux pas vous donner grand chose, a fortiori quand on me répond pas, même après une relance. Et c'est pas le pire, elle tique sur un passage de ma lettre en particulier, passage que je n'hésite même pas à vous soumettre :
La conseillère de l'Agence Nationale Pour l'Emploi à laquelle j’ai eu affaire le 23 décembre 2005 m’a proposé de participer à une prestation dite "objectif emploi groupe", proposition que j'ai alors acceptée non parce que je m'y sentais obligé, mais parce que j'étais bel et bien convaincu de l'intérêt de celle-ci. C'est ainsi que du 15 février au 19 mai 2006, j'ai travaillé avec l'agence Attia International Consulting à raison d'une séance toutes les une à deux semaines. Ces séances, tantôt individuelles, tantôt collectives, m'ont permis de grandement optimiser mon curriculum vitae ainsi que ma lettre de motivation et mes techniques d'entretien d'embauche. Dans le même temps, et à ma demande, a été effectuée la recherche de possibles réorientations (bilan de compétence, enquêtes auprès de professionnels), sans qu'aucun résultat probant n'ait toutefois été obtenu. Vous trouverez ci-joint une photocopie de la synthèse émise par Mlle Emilie Jolie qui fut ma principale interlocutrice durant ces trois mois.
Vous aurez sans doute remarqué les deux mots que j'ai mis en gras, ceci afin d'attirer votre attention sur le noeud du problème. Les gens de l'Assedic sont semble-t-il assez méchamment conditionnés puisque pour eux, le mot "travail" renvoie exclusivement à la notion d'emploi, de boulot et que le mot "agence" veut forcément dire "agence d'interim". Il faut savoir que l'agence de consulting dont je parle est un peu en partenariat avec l'ANPE, qui est un minimum en liaison avec l'Assedic, qui devrait donc comprendre de quoi je parle. Donc voilà, ma grognasse au téléphone, pour elle, j'ai donc bossé pour une agence d'intérim de février à mai, et elle est bien embêtée car il n'y a aucun justificatif de cette période d'activité, aucun contrat de travail. Est-ce que, franchement, quand on lit le paragraphe EN ENTIER, il est possible de comprendre que j'ai bossé en intérim ?! Cette espèce de monstresse bloque sur deux mots alors que tout ce que je dis autour, tant avant qu'après, est en totale contradiction avec ce qu'elle est certaine d'avoir compris. Aaaaaaaaaah !!! Je parle à une nana qui sait pas lire, ou qui fait son boulot n'importe comment, ou qui est neuneu...mais avec ma chance, je pense avoir touché le triple bonus sur ce coup-là. Je lui explique, elle comprend (miracle)...mais n'empêche qu'il n'y a pas de justificatif de ces entrevues, qu'est-ce qui lui prouve que j'y suis bien allé. Connasse !!! Y'a une fiche de synthèse putain ! Avec des mots écrits dessus, et des dates, et des signatures ! Une fiche de l'ANPE ! Tu connais l'ANPE, non ?! T'es censée bosser avec !!! Ben non, elle a pas...mais bon, elle me dit sur un ton désinvolte qu'ils vont retrouver ça. J'essaie de lui expliquer que, de toute façon, il y a une autre copie qui court chez eux mais elle a pas l'air de bien caler. Bla bla bla...au revoir Madame. Je suis un peu groggy. Qu'est-ce qui m'est arrivé au juste ? Je l'ai rêvé, tout ça ?

Je reprends mes esprits et d'un coup, je panique comme une chèvre dans un champ de patates mangeuses de chèvres. Mais mais mais...à tous les coups, elle va envoyer mon dossier sans toutes les pièces parce qu'elle aura pas envie de se casser le cul à chercher celles qu'elle a manifestement égarées, et je vais VRAIMENT passer pour un branleur ! Et, mais ça peut pas être vrai, je viens de parler à une adulte qui semble pas savoir lire correctement le français ! Qu'est-ce qui me dit que les gens de la commission paritaire savent lire, eux ? Aaaaaaaaaaaah, c'est sûr, je suis cerné par les débiles !!! Réagir, il faut réagir...j'imprime tout pour la troisième fois, je prends tout mon bordel et je fonce à l'agence, faut que je vois quelqu'un, que je leur dise qu'ils ont une passagère clandestine à bord qui a arrêté l'école au CM1. Combien de victimes a-t-elle bien pu déjà faire ? Il faut aussi que je m'assure que tous les documents que j'ai fournis arriveront à destination, je me fous de rien toucher, je veux juste que la décision soit rendue en toute connaissance de cause et ne pas être reconnu comme le con de l'histoire. Trois espèces survivront à l'holocauste nucléaire qu'on nous promet depuis déjà trop longtemps : les rats, les cafards...et les agents administratifs.
J'arrive, j'attends, j'expose mon cas. Bien évidemment, on ne peut voir personne sans rendez-vous. Scuse-moi ma grande, j'suis en mode berserk là, pas trop dans le mood pour demander gentiment un rencart alors qu'il y a des cinglés en liberté qui bossent pour l'Etat. Comme la fille de l'accueil (la même que la dernière fois qui ne me reconnaît pas, bien sûr) voit bien que je suis moi-même en passe de virer maboul, elle passe un coup de fil, "demande un petit service" et que lui dit-on dans le combiné ? Mon dossier est déjà parti. Hein ? Attendez, y'a moins d'une heure, la personne que j'ai eu au bout du fil n'avait aucune idée d'où se trouvait la moitié du contenu de mon courrier et là, c'est parti ? Elle demande confirmation, détail des documents...oui, tout est bon. Ah ouais ? Là, je craque, je lui dis que j'en ai rien à battre des alloc', que j'ai la désagréable impression qu'on me prend pour un débile depuis quelques semaines et que je suis quand même inquiet de voir le genre d'engeance qui traite mon dossier. Elle dit comprendre en cumulant tous les tics de la personne bien emmerdée de pas avoir un bouton d'alarme sous son bureau. Bref...je file en me promettant d'écrire une lettre à je sais pas encore qui, peut-être le siège de l'Assedic, peut-être Matignon, peut-être l'Elysée, pourquoi pas l'ONU ? Au fait, vous m'excuserez de ne pas m'attarder sur la discordance entre les dates que l'on m'a annoncées concernant le rendu de la décision par ma commission : au téléphone c'était fin août, à l'Assédic fin septembre...y'a des fois, on apprécierait que les gens arrêtent d'apporter de l'eau à notre moulin (en plus, le mien fatigue à force d'être alimenté avec tant d'ardeur).

C'est seulement sur le chemin du retour que je réalise ce qui a réellement dû se passer. Le dossier qui serait déjà parti doit être celui que j'ai déposé vendredi dernier tandis que l'autre abomination vient seulement de se réveiller en sursaut avec mon dossier de mai, qu'elle ne manquera sans doute pas d'envoyer...car contrairement aux rats et aux cafards, les agents administratifs sont semble-t-il incapables de communiquer ou de mener une action concertée. La commission va donc probablement se retrouver avec mon dossier en double. Je passerai pour un chômeur super zélé et ils me donneront des milliards (mais je sais ce que vous vous dites...pourquoi parler de milliards quand on peut gagner...des millions).

Pour ajouter à mon malheur, j'avais un rendez-vous à l'ANPE ce matin. A dire vrai, ça s'est très bien passé. Presque le sans-faute. Dommage qu'à un moment j'ai fait remarquer que, concernant mes trouzaines de candidatures spontanées, je n'avais guère de justificatifs hormis les 10% de réponses (négatives, ça va sans dire, et des lettres-type sinon c'est pas drôle) que j'ai reçues. Qu'est-ce qu'elle me dit ? Que je ne m'inquiète pas ? Qu'ils sont à même de comprendre quand même. Comprendre ? Vous voulez pas apprendre l'alphabet avant ?! Au fond, j'en ai rien à secouer de l'ANPE, ça m'enquiquine plus que ça ne me sert (au départ, je pensais qu'il fallait obligatoirement être inscrit pour avoir accès aux annonces)...mais j'ai pas envie de sortir des chiffres et ainsi contribuer à la propagande mensuelle gerbante du JT.
Bon, voilà, c'était long, c'était vain, mais ça m'a fait du bien. Je ne sais pas si je suis très clair dans tout ça. En tout cas, oui, ils ont vraiment du bol que je sois pas un personnage d'animation ou de manga.

Enfin, au moins ai-je reçu ma prime pour l'emploi aujourd'hui. Ca, ca fait plaisir. Mais que cette bande d'ordures ne se croie pas sauvée pour autant !